Rendez-vous (3)

Rendez-vous avec la terre. La terre c’est tout et c’est les autres ensuite. Ils sont notre parole sans quoi nous ne parlerions pas. Ils la versent, ils la donnent, on écoute, on regarde, on reconnait qui parle, enfin, on rencontre quelqu’un. C’est toi, c’est moi. On comprend peu à peu, on voit mieux tout à coup, les yeux s’épurent en même temps que l’âme.

Le monde s’élargit parce qu’on entend les mots, parce qu’on les apprend, parce qu’on les comprend. Le monde devient grand. Ils continuent de vivre le visage de la terre, dans le regard des autres, dans le pays de soi et dans la nuit qu’on ne sait pas. On a beau se taire, c’est entendu, et la parole accompagne le temps.

Rendez-vous (2)

…les enfants ne cessent de venir. Ils continuent le monde. Ce qu’ils apportent, finalement, est là dans la parole qui se fait corps, qui se fait temps, qui se fait moi.

Moi la parole

je suis l’enfant fragile de tes mains

je suis l’argile tendre sous ton pas

je suis le bleu de l’horizon

et je respire dans ta voix.

On ne vient pas ici en parlant. C’est bien sur terre qu’on apprend. C’est peut-être pour cela qu’on vient. Et c’est bien d’écouter un poème. C’est à la parole qu’on se rend. Parfois, on se retrouve seul. L’autre n’est pas rencontré, ce n’est pas le silence.

On n’est plus à soi dans ces cas -là. Mais cela n’arrive que plus tard alors qu’on s’est déjà bien éloigné de l’enfance. Alors on se trompe de lieu. C’est ailleurs qu’on arrive, si on peut dire, on ne se trouve pas. Il faut refaire le chemin à l’envers, se retourner pour retourner chez soi, revenir à l’enfance, revenir dans sa voix, recommencer la vie qui est partout…

Rendez-vous (1)

(C’est quelques lignes se rattachent directement aux précédentes, en continuent le déroulé et préparent celles qui seront publiées une autre fois sous le même titre)

…C’est une parole pour soi, mais elle veille. Ça laissera des traces, ça laissera dans l’embarras les quelques uns à qui il se confiera plus tard. Ils ne comprendront pas. Certains diront, c’est comme ça. D’autres ne diront rien. Peut-être qu’il n’y a rien à comprendre. La poésie parle à ce qui, en nous, ne comprend pas, mais pas seulement.

Le petit enfant se se différencie pas tellement de ce qui l’entoure. Le poète non plus. C’est avec l’enfance qu’on écrit. Pas avec le passé. Celle qui fait grandir, comme la poésie. Celle qui met debout, celle qui fait un corps et qui fait corps avec le corps en devenir.

C’est la vie qui devient quelqu’un, c’est quelqu’un qui dit « moi » et c’est ce moi qui mange son chemin dans l’avenir. Ça n’a pas de frontière un moi, c’est dans le monde, c’est dans les autres d’abord puis c’est en nous. Des fois on ne sait plus. Alors on parle et puis l’on vient au monde avec les autres.

Alors s’approche la poésie. Alors une parole monte que personne n’entend sinon ton cœur et que tu gardes comme si tu ne faisais plus qu’un avec le temps.

Rendez-vous

L’enfant écoute réciter une poésie. C’est une maîtresse d’école qui parle. Il a neuf ans, je crois. Il écoute.

Il ne voit plus sa maîtresse. La poésie lui parle, Ce qui lui parle, est-ce bien la poésie, est-ce lui-même?

il ne sait pas, ce n’est même pas une question, il n’y pense pas, il ne pense à rien. Il écoute et parle dans ce qu’il entend.

Il dit: »C’est ça que je veux être ». Il le dit sans le dire, c’est en lui. Personne d’autre ne l’entend.

C’est embêtant, ça ne veut rien dire et c’est pourquoi, longtemps, il repassera ces choses en son cœur. Longtemps il se taira.

C’est…

C’est une main qui s’ouvre au vent

si lentement qu’il faut dormir son mouvement

pour en extraire l’eau comme d’un souvenir.

C’est dans le bleu de l’horizon perlé

sur le matin d’une maison rêvée

l’écorce d’une voix feutrée.

C’est à l’avant de mes yeux qui écoutent

venir à l’âme une bordée de petits vents

sur la margelle de l’été.

Ton regard ami

Ce qui emplit la transparence à l’horizon,

Ce n’est ni le ciel ni la terre ni la trame ineffable des couleurs,

Ce n’est pas l’irisé de la brume ni le sourire du soleil sur la craie du mur

Et même pas l’écho des plaines endormies, pas les lointains,

Ce ne sont pas les montagnes qui butent sur l’infini,

Ce qui emplit là-bas c’est ton regard ami, la transparence de ta voix

Quand elle passe dans le silence de tes yeux et de ta nuit.

La passerelle du silence

La passerelle qui franchit le sable du silence

entre mémoire et paysage, de quelle substance

est-elle faite? Les mots semblent tresser des cordes fines

sur lesquelles scintillent des feux de perles qui ne sont pas

des perles de rosée. Mon pied et mon regard se posent sur des terres

fertiles, le vent courbe les herbes et le chemin se perd

sous l’ondoiement du souffle de mes lèvres et de mon sang.