Valses de riens

Ce sont des petits riens

des pas grand-choses

que tu écoutes, que tu retiens,

et que tu n’oses

garder longtemps

garder dedans

de peur que vienne

sans y penser

l’idée d’en faire

une beauté

ce sont des riens

ce sont des choses

et c’est le temps

qui les efface

et qui te garde

et qui te parle

et qui te fait

semence d’âme

pour exister.

Fin septembre

Pleurer sur cette langue qu’on imagine et qui n’est pas, où si peu dans le ramage des arbres gorgés de vent aux rives de septembre maintenant. N’est-ce pas pleurer sur soi, sur ce que l’on nomme soi, ne sachant après tout, ce qui distingue ce mot des autres puisque l’on n’entre pas dans le secret de cette langue justement qui, comme tout autre chose, nous fut donnée un peu au large de notre venue sur la terre qui est là. Qu’elle nous prenne alors par en dessous, par le revers d’un rêve ou même, par les coulisses intangibles du sommeil.

Un peu à côté

Lorsque j’étais enfant, je me sentais un peu à côté de tout. Déjà nimbait mon âme la question d’une lumière persistante, présence de moi à moi-même mais comme séparée, décalée, et comme si le monde autour de moi n’était pas vraiment le réel, comme s’il n’était qu’un jeu pour rire et qu’il fallait ne pas s’y attarder par trop de poids, par trop de peu et par trop de mauvaises pensées.

Reste que la question était là, quelque soit la couleur du ciel, la température sur le baromètre du songe, quelque soit le lieu ou les gens…elle me regardait de loin, de haut, vibrait en moi comme venue d’ailleurs et de la terre, elle accourait sans hâte de tous les horizons, ressemblait à une voile au large du destin, à un navire de nuages sous le ciel bleu, à une fleur dans la muraille entre les pierres du matin.

Ton cœur ce soir

Ha! ce chemin que tu ne connais pas,

ce chemin de poussière sous chacun de tes pas,

cet aller un peu plus sans partir, cette avancée

dans la lumière invisible du jour.

Tu vas à l’horizon comme depuis toujours

et le vent t’accompagne et la nuit te nourrit.

Tu vas à ce chemin de n’être pas au delà de tes yeux

et de ne pas comprendre

et tu appelles seulement d’un regard,

ce soir ton cœur est triste mais tu ne sais pourquoi.

Des gestes à l’avenir de soi

(reprise et modifications)

Il n’y a pas de lieu pour commencer.

Tous les lieux sont des commencements

Même celui qu’on dit le dernier

Tout les commencements sont le premier

On sait pas trop. On s’interroge,

On s’interroge mais sans parler,

Et l’on regarde avec des airs au loin

D’attendre un train ou un copain

Sans être sûr de l’horizon, sans être sûr de rien

Sans être sûr du ciel qui vient.

On écoute le jour se lever en silence

Et l’on s’éveille d’avancer…on ne sait pas comment.

C’est peut-être autre chose

Ou autrement

Dans une langue que l’on ne connait pas

Avec des gestes à l’avenir de soi

On ne sait pas le dire

On ne voit pas vraiment

On ne sait pas comment l’on voit

On ne sait pas mourir

Et c’est peut-être une autre fois

Tout simplement.

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Jour Premier

Défaire

un à un

les nœuds

qui retiennent le navire à quai

et regarder de temps en temps

lever les yeux pour ainsi dire

sur la mer autour qui respire

et s’étend par l’horizon

jusqu’au souffle qui fait

ton regard plus intense

et ton attente une prière

et cet instant le jour premier

de la création.

Demeure

Ce pays que nous cherchons

Nous y entrons parfois

Sans le savoir

Et c’est pourquoi nous paraissons

Toujours en chemin.

Et pourtant, quelque part,

Une demeure nous attend

Que nous avons aussi bâti de nos silences

Et de nos mains, Une demeure,

Une table et le pain

Et l’eau toujours claire de rien.