Un peu à côté

Lorsque j’étais enfant, je me sentais un peu à côté de tout. Déjà nimbait mon âme la question d’une lumière persistante, présence de moi à moi-même mais comme séparée, décalée, et comme si le monde autour de moi n’était pas vraiment le réel, comme s’il n’était qu’un jeu pour rire et qu’il fallait ne pas s’y attarder par trop de poids, par trop de peu et par trop de mauvaises pensées.

Reste que la question était là, quelque soit la couleur du ciel, la température sur le baromètre du songe, quelque soit le lieu ou les gens…elle me regardait de loin, de haut, vibrait en moi comme venue d’ailleurs et de la terre, elle accourait sans hâte de tous les horizons, ressemblait à une voile au large du destin, à un navire de nuages sous le ciel bleu, à une fleur dans la muraille entre les pierres du matin.

Ton cœur ce soir

Ha! ce chemin que tu ne connais pas,

ce chemin de poussière sous chacun de tes pas,

cet aller un peu plus sans partir, cette avancée

dans la lumière invisible du jour.

Tu vas à l’horizon comme depuis toujours

et le vent t’accompagne et la nuit te nourrit.

Tu vas à ce chemin de n’être pas au delà de tes yeux

et de ne pas comprendre

et tu appelles seulement d’un regard,

ce soir ton cœur est triste mais tu ne sais pourquoi.

Des gestes à l’avenir de soi

(reprise et modifications)

Il n’y a pas de lieu pour commencer.

Tous les lieux sont des commencements

Même celui qu’on dit le dernier

Tout les commencements sont le premier

On sait pas trop. On s’interroge,

On s’interroge mais sans parler,

Et l’on regarde avec des airs au loin

D’attendre un train ou un copain

Sans être sûr de l’horizon, sans être sûr de rien

Sans être sûr du ciel qui vient.

On écoute le jour se lever en silence

Et l’on s’éveille d’avancer…on ne sait pas comment.

C’est peut-être autre chose

Ou autrement

Dans une langue que l’on ne connait pas

Avec des gestes à l’avenir de soi

On ne sait pas le dire

On ne voit pas vraiment

On ne sait pas comment l’on voit

On ne sait pas mourir

Et c’est peut-être une autre fois

Tout simplement.

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Jour Premier

Défaire

un à un

les nœuds

qui retiennent le navire à quai

et regarder de temps en temps

lever les yeux pour ainsi dire

sur la mer autour qui respire

et s’étend par l’horizon

jusqu’au souffle qui fait

ton regard plus intense

et ton attente une prière

et cet instant le jour premier

de la création.

Demeure

Ce pays que nous cherchons

Nous y entrons parfois

Sans le savoir

Et c’est pourquoi nous paraissons

Toujours en chemin.

Et pourtant, quelque part,

Une demeure nous attend

Que nous avons aussi bâti de nos silences

Et de nos mains, Une demeure,

Une table et le pain

Et l’eau toujours claire de rien.

A place to live

A place to live

We don’t make things up. Poetry is a country, a place where we live, where we go, where we move. A country is soil and ours is made of wind, meaning, thoughts, emotions. We look, we listen, we taste, we almost touch and feel a texture, a movement, a breath sometimes, a strange life.

So here are the words that listen, that approach, that pass and pass again and again and settle a little like colours on the canvas of time or like birds in the branches of silence. Here are the words that you feel, that you hear, that you touch inside but that are not inside you; images come, sentences germinate, a rhythm warps the silence, a country reveals itself, a corner of the word, a neighbourhood of being in the world, a beach of life out of time.

You don’t invent much.

Poetry is a country

A place to live

A home where you wait.

Le bout du chemin

L’épuisement

C’est le bout du chemin

C’est l’horizon soudain ouvert au bleu du ciel

Ce n’est pas même au loin la ligne insaisissable

Des passions effacées

Entre terre humide et ciel de brume

Entre trouble et clarté

Là-bas ce n’est plus rien

Et au-delà

Où tu n’es plus

Continu le chemin

Mais nu