Près de Jean Grosjean…

          Comment ne pas mourir dans l’ondoiement de tes images même si comme tenu par je ne sais quel espoir, je ne cesse de reprendre souffle en toi qui me soulève et m’inonde d’un sens à peine plus saisissable que le passage lent d’une saison.

          Où suis-je ? je ne sais plus, n’ayant plus que le vent caché sous tes lignes profondes pour m’orienter; un navire de frêles métaphores pourfend mon âme où peut-être l’été.

            Depuis longtemps déjà je reviens à ton bord ami des longues plaines dans le repli des herbes sous le temps qui nous conjugue à la lumière sereine du silence des pierres d’antan.

         Finalement je ne meurs point n’ayant pour arbre que mes yeux dont les branches toujours en feuillées de rumeurs ne cessent de prier sous le poids infime des oiseaux.

           Lente saison dès lors, qui passe, et qui n’est plus. Ce qui fleurait la profondeur ouvre le ciel revenu à l’expérience déliée de la vue et d’un lieu unique maintenant et nu.

Dédicace…

A toi

Apiculteur de mes abeilles

Dont les pollens disséminés

Attendent le baiser du soleil.

 

Bâtisseur de refuge

Pour la moindre pensée

Qu’emporte le déluge.

 

Amoureux de la paille

Quand l’été s’ensoleille

Débraillé et serein.

 

A vous mes filles qui séduisez 

L’incohérence vive des images

Et puis Laisser votre parfum

Sur le l’ombre de mes livres

Et sur mes mains.

La poésie est chemin…

Ils cherchent un passage, un ailleurs, un pays mais ils le cherchent dans leurs pas, dans l’ici, dans le cœur de leur nuit.

C’est pourquoi bien souvent leurs mots sont plein de désir, tendus comme des arcs vers une cible qu’ils imaginent mais qui n’existe pas. Elle est en eux, certains le savent, d’autres pas.

En voila des convaincus que le poème écrit fera lever un vent sur nos plaines endormies, dégagera l’azur de sa gangue de brume, creusera des lits de rivières insolites et même, assurément, que des oiseaux s’envoleront dans des ciels gris de pluie laissant les lignes noires près des maisons des fils électriques.

Ont-ils tord ? Ont-ils raison ?

Lisez, vous verrez bien ! Et vous découvrirez au moins qu’il y a des pays que vous ne saviez pas, des horizons plus proche de votre cœur que vos poumons et des chemins de cailloux nus et beaux ou bordés de buissons. 

Des plis dans la lumière…

Il y a toujours des plis dans la lumière

mais je ne sais par quel bout prendre ce drap,

l’effleurement le moindre le froisse comme un papier de soie.

Il y a des fleurs à peine détachées des jardins du soleil,

des insectes vibrants et qui butinent

le poudroiement du temps dans les pollens.

J’ai beau tendre les mains, je ne le touche pas,

je ne comprends ni le bleu ni la brume qui trempe ma voix.

Qu’un vent petit se lève et que se ride ce lit de largesse.

Les eaux n’ont plus de rives.

C’est le sommeil illuminé d’une saison, je crois.

Matinale

Tout est brume. Un paysage encotonné sur la grande page bleue du matin

des ombres se détachent, des tâches d’ombre. Je plisse un peu les yeux et vois

des golfes suspendus sur une carte largement déployée.

L’ombre claire de la brume mangée par une ombre intérieure qui ressemble

à l’eau profonde

et peu à peu dans la couleur comme dans un manteau de laine fraîche

apparaît avec douceur et profondeur l’âme sylvestre des sapins.

Marie-Claire Bancquart, Mots

Voici un message et un poème et ma salutation profonde. Chaque fois qu’un poète ou une poétesse part dans l’autre monde, mon cœur se serre et se réjouit en même temps. Il se serre car une voix s’éteint et se réjouit car cette voix, du fait même de l’absence qui la marque maintenant prend une dimension sacrée et s’habille dés lors d’une robe hors du temps.
Marie Claire Blancquart Je m’incline humblement devant votre parole…Merci.

Je…

Je…

c’est déjà

comme le vent dans le sable

forme furtive

courbe éphémère

frêle arabesque

que porte l’invisible

et qui dessine

les entrelacs

sans cesse changeant

de ma présence

à l’improbable

de mon empreinte

insaisissable

par le temps.

Aimé Césaire n’était pas loin

« Sans la conque point d’appel/Point de souffle sans la poitrine »

                                                                                                                        (A. Césaire)

 

S’il ne reste de la conque qu’une mince pellicule de nacre

qu’un souffle briserait

que sa force encore soit l’appel au loin des mers

ivres d’azur et hors de toute attente

autre que le toucher du soleil

le crêpe de la vague

le sable qui la boit

la trace de mon pas

autre que l’ombre du creux de peu de poids

de moi.

 

Césaire aimait les ouragans de la parole, les fosses abyssales de la syntaxe et les heurts insolites de syllabes. Il marchait au vent des mots rayés de souffre et de souffrance plongeait son regard et sa voix dans le gouffre incandescent des volcans.

 

Ciel Atlantique

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(1 janvier 2014, Talmond sur Gironde)

Le ciel de l’Atlantique est si beau parfois

qu’il oblige à de profondes inspirations

à tout abandonner

à laisser l’âme de la mer envahir de tendresse les yeux

et le corps s’en ressent comme élargi

comme allégé.

Gratitude pour le bleu

pour l’eau brune de la lagune

et pour les volées d’oiseaux blancs qui rasent la vase luisante

tout est grand et simple ce matin de janvier.

Tout est bien.