…Trouvera bien

 

Les chevaux dans les champs paissent tranquillement l’herbe mouillée du matin sans aucune attention pour toi qui passes pensant qu’ils ne viendront jamais brouter les marges de ta page pourtant offerte à leur beauté.

Il remonte son col

avec des gestes fins,

la mer s’enfume de pensées,

un oiseau passe bas sur le matin,

vire sans crier gare!

vers la beauté.

Bribes de voix

rêves marins

note cela sur ton carnet

qui sait ?

l’âme qui regarde au loin

dans le pays des brumes

trouvera bien.

 

Un lieu de beauté

(ré-édition)

J’ai vu des collines frémir au passage du temps, des oiseaux cherchaient une branche pour apaiser leur vol et regarder poindre le désir entre les herbes et les champs. Nous marchions et cherchions un lieu de beauté, un creux léger au pied d’un arbre accueilli la courbe de tes reins. Ta jupe était si légère que le vent même en rougissait et montait entre -nous la ferveur et l’humide chaleur d’un printemps. Si lisse était la peau de cet instant, si offert ton corps frêle et la pâleur fleurie de tes seins impatients !

Les senteurs de la terre

(extrait de « les collines s’envolent » comme les deux textes publiés avant…)

Nous n’aimerions pas tant les nuages sans les courbes féminines et douces au loin qui les saluent, et cette route de bitume qui serpente entre les ocres et les bleus, parsemée de touffes de thym où le vent frotte son nez de rien. La terre des champs retournée est belle, robe de chair rouge, sombre ou claire, selon l’heure du jour et le sens du chemin.

De longues bandes blanches de coton

Glissent à l’horizon

Une ombre d’encre ébouriffe les thyms

Tu relèves le front

Tes mains broient des lavandes

Les yeux de ta poitrine regardent loin

Les senteurs de la terre te lavent, là,

                                                 où tu te tiens.

Les vignes du vent

(extrait de « les collines s’envolent » recueil endormi dans l’un de mes cahier).

Dans les feuillages du jardin derrière lesquels crépite et bruit une garrigue sèche, une lumière de figue ressemble aux façons de dire franches et nues que j’aime dans la poésie. Elle me nourrit d’une beauté plus secrète que le babil des eaux aux bas des pentes.

Touche l’ombre légère

et que reflue dans ta main

les creusées bleues de la lumière.

 

Un faucon svelte et furieux

déploie sa langue de nuée

dans les vignes du vent

sifflant sur les bois ronds

et les sentiers

que griffe taciturne le silence

                                                    des sangliers.

Silencieuse plaine

(Ce poème et ceux qui suivront durant une bonne semaine sont extraits d’un recueil inédit intitulé « les collines s’envolent ». Une ouverture en prose, une suite rythmée en vers.)

Ce n’est pas la pesanteur qu’il faut renier ni même ses enfants les plus durs, ce ne sont pas les os tissés d’une telle sagesse que les montagnes s’en émeuvent au point que la buse s’envole en criant et que la nuit, patiente, en frémisse soudain.

 La masse d’ombre qui nous creuse

une vallée de larmes et de peurs

palpite de germes inouïs

bien en-deça des pierres

qui les nient.

Une silencieuse plaine

frôlée de brise

s’étire jusqu’aux brumes

où tournoient les hivers

dans le blé qui mûrit.

Entre les mots

Le jour est une porte

Un feu que tu allumes

Avec tes yeux

***

Qui pense joue de la flute avec ses os

***

Je suis un fruit de mort ancienne

La sève lente, l’ombre légère

Le vent qui souffle

Chantent ma vie

Chantent l’ étoile de mon sang.

***

Un mot délivre

Une voix étonne

Un geste parle

Il y a des mots à mots couverts

Qui réduisent à rien et l’inquiétude la misère.

Grains de peu

Elle se faufile

Comme un ruisseau

Entre les rives de calcaire.

Ici les papillons de mon enfance

Boivent à même la lumière.

***

La petite aiguille

A des secrets de terre

Des désirs de nuits

Des rêves de feu.

***

Le corps

Au bout du monde

Une petite chose

Un golfe ouvert

Un monde

Où rêvent les étoiles.

***

Laisse la nuit

Au vent parler

Dire l’étonnement

Le rêve de l’enfant

Laisse le vent

Parler au vent.

Arbres

Les arbres marchent dans le ciel,

pensent avec la terre,

leurs feuillages de songe mélangent la lumière

et mangent le charbon.

 

Nos pieds seront dans le futur

les horizons sauvages d’une terre plus mûre

que le soleil aux confins de l’été.

 

Que les arbres nous soient la mémoire du monde

que nos pas les emportent aux nouvelles contrées.

 

Alors si dieu le veut viendront des saisons de partage

où les fruits de la terre et l’écho de nos pieds

seront lumière vive de nos corps oubliés.

Une branche dans l’eau

Parfois mettre une branche en travers du ruisseau, rien que pour voir redoubler de luisances le passage de l’eau, puis écouter entre les pierres, ce bruit comme de gorge qui soudain te fait songer à une bête agenouillée devant l’autel fragile de ta main. Un être est là qui voudrait une parole mais qui n’a pour lieu que d’être chemin. Petite branche je te prends trempée du temps qui passe et je te jette loin. Regarde me dit le feuillage qui tremble, regarde l’eau qui te ressemble, claire comme la nuit dans le Cid de Corneille, plus claire encore dans ton œil qui s’éveille. Toujours pareille à l’antique parole à jamais proférée, la manne de l’éternel, la présence de vivre au secret de ce lieu. Que les éclats de lune se brisent en silence sur l’eau qui luit et me traverse comme l’automne l’âme dernière de ses branches.

Les images

 

Reprendre les images

les images venues sans réfléchir

les images tombées comme des fruits

dans l’herbe claire de tes méditations

les reprendre comme on reprend souffle

après avoir couru la pente du désir

et les laisser tomber,

comme des échos de la terre entre les gorges du silence

qui mènent loin dans la mémoire ou se tisse

de cordelettes fines la trame de la vie.