En trois temps…

Bien-sûr tu aimes les rivières

Tu aimes l’eau qui passe sur de petites pierres

Les couleurs tremblent, ce sont de petits sons,

À ce qu’il semble, une musique de silence

Que l’on entend avec les yeux.

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Dans l’arbre il y a mémoire d’herbes et de chemins

Mais en plus grand, dans l’herbe frémit encore la plaine

Sous le vent et dans le vent une main sans limite soulève

La plaine l’herbe et l’arbre dans un chant.

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Il faudra prendre un peu de temps

Dans un coin quelconque du temps

Pour éteindre le jour

Pour ouvrir le néant

Et recevoir ton regard confiant.

Je suis venu…

 

Je suis venu à tes lèvres poser

la forme d’un poème dans les mots oubliés.

Nous ne savons pas l’or de leur naissance,

nous n’avons pas le temps ouvert sur nos cahiers.

Peux-tu encore parler au creux de ton enfance,

prendre un peu d’eau et sans la perdre l’élever?

Près d’un olivier

 

Un paysage, un horizon, une rumeur,

Un être sans limite tout ensemble.

J’écoute, je regarde ton silence,

Image vive douce et transparente

Qui tremble un peu à ce qu’il semble.

Proche de moi, proche des cendres,

Proche peut-être simplement d’entendre

Sacrement

Comment le monde vit en toi?

Romps-tu le pain de l’espérance?

Mon oreille est l’âtre où brûle ta parole,

le feu, le vin, et le partage de nous-même

dans la forêt de l’être et de l’errance.

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Mon front se tend

Mon corps te rêve

M’entends-tu?

Moi je n’entends

Nul grain rouler

Malgré la densité

De ta lumière.

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Approche le monde par le silence, fait comme le paysan, il sent le mûrissement du grain et sait que le soleil sera présent dans l’or du blé futur avant même que ne soit retournée la terre qu’il regarde en méditant.

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Ce que tu prends mûrit aux branches de ton nom

Tu portes l’arbre en toi  comme une simple plante

et dans l’arbre se meut un vent de connaissance.

Une ombre s’éloigne

Une ombre s’éloigne

un grand manteau de vent

emporte le savoir occulte de l’hiver,

emporte au revers d’une image

l’âme d’un paysage blanc.

On la croyait recluse (la terre)

mortelle et presque morte même

mais elle s’éloigne maintenant

dans le frottis de l’air et de la transparence.

La terre entière s’offre au futur des fleurs et des feuillages,

un feu délie les pâquerettes tout à coup bavardes.

On la croyait perdue et maintenant regarde !

C’est le printemps !

Rien ne dure

Tout prend une épaisseur

soudain mais lentement

tu n’es plus seulement

un qui marche regarde

un qui voit qui écoute

tu es la trame même

d’un mouvement.

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C’est toi qui me respire

l’inaltérable de mon être !

Que je ne peux connaître

que par des signes

des traces

des souffles

à peine.

C’est toi qui me respire

l’inaltérable de mon être!

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Souvent

on laisse tomber;

façon de parler

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On va toujours

et c’est le temps

d’un jour

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L’insignifiance

n’est pas sans profondeur

et le sérieux

sans une bonne dose d’apparence inutile.

Aux lisières du vent

C’est vrai qu’il faut partir, bouger un peu ou simplement tourner les yeux. Enfin partir. c’est vrai mais quand on n’a pas envie, c’est dur encore, encore plus dur que le dur dans le corps.

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Pas écrit depuis longtemps. Personne n’attend rien. Tu écris pour rien. Personne n’est là sinon toi, et ta main ne sent même pas le toucher de la pointe sur la feuille; tu vois les mots comme surgir du mouvement, c’est un sillage alambiqué et noir sur la pâleur ombrée du papier blanc.

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Lu un peu. C’est avec les mots. Le passage dans le monde des images mentales. Des étoffes qui pendent, il pleut, elles sont trempées, les couleurs dégoulinent, ça fait des traînées claires et la trame limée du coton paraît sous le ruissellement des coulées, des rayures rouges, bleues et jaunes et d’autres encore.

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Emportées aux lisières du vent, les mouettes jouent à figurer le temps, tremblantes dans le froissement de la lumière qui porte et crie sur le silence audible de la mer.

Corps amoureux

Vu ton genoux

éclairé de printemps,

ta jupe à fleurs

ouverte

tremblait un peu.

***

J’ai posé sur ta hanche

mes doigts légers

comme le vent d’été sur les dunes fragiles du temps.

***

Tu n’avais qu’un corsage de dentelle fine

lorsque tu t’allongeas sur le lit d’un dimanche.

J’effleurai comme à peine le vol d’une hirondelle

la courbe frêle et pâle de tes seins.

***

Dans la soupente d’un hôtel

nous avons froissé nos corps humides à la lumière de la lune,

Son éclat sur ta peau attisa nos jeux troublants

et le métal de nos baisers n’en fut que plus ardent.

L’intime du tilleul

(en écho dans quelques roches d’écoute au-delà de mes mots…comme des mains qui se donnent et accueillent..à des amies dans l’invisible que je ressens proches..et me témoignent…une sympathie pareille à la gloire légère de l’avril.)

Dans la lumière du tilleul

une eau vraiment de ciel

mais comme distillée

au cristal de l’hiver

et ce vert, cette aura de lumière

si légère

comme des lèvres

sur les lèvres de l’air –

on entend presque le souffle d’un dieu,

presque gémir

on ressent le frêle de la peau

 sur cet instant,

et cet épanchement du corps                                               

dans l’univers.