La poésie est une femme dans la voix

 

Elle perce parfois le silence des voix

la flèche de lumière mais au milieu de quoi

l’espace n’est pas ni le temps

sous nos yeux qui défilent pourtant

un horizon peut-être une légende

un rêve de juillet ou de décembre

qu’on ne sait retenir ni entendre

le corps prête le flanc à la respiration secrète du sommeil

écoute ce que dit le vent.

Être dans la lumière de juin une enfance qui vibre

Jour d’été

À peine un pas de plus au-delà du solstice

Que déjà la terre s’émancipe.

Le ciel est grand ouvert

Ailes tremblantes d’oiseau blanc

Frémissement de vent

Les arbres se déploient au-delà de leurs rêves.

Frontières quotidiennes où pensent les saisons

Étang profond traversé d’étoiles indicibles

On ne sait plus maintenant si l’on parle ou si l’on chante

Tant la voix même de l’autre n’est plus sa voix ni la mienne.

Être dans la lumière de juin cette enfance qui vibre

Sur le grain de la peau et dans la brise.

 

Si les images viennent trop facilement

Si les images viennent trop facilement et te sortent de la nuit un peu comme des étoiles filantes, elles mourront certainement aussi vite que ces dernières, alors attend un peu, regarde-les dans les yeux, laisse-les prendre racine dans la terre de ton silence, arrose -les de ton affection et de ta patience et de ta solitude, demande…qui êtes-vous ? retourne -les pour voir si elles ont de l’épaisseur, si elles tiennent la route, si elles hésitent sur un mot ou un autre…

Pèse si tu peux le grain de tes images, cherche dans le mot le rythme, lui aussi est image, et te guide vers un pays étrange ou le vent d’être épelle du bout des lèvres le nom de l’intime présence, lui donne forme, une danse, une femme, un visage…

Si les images te viennent trop facilement, rappelle-toi que le monde s’offre aux golfes innocents de tes sens et retourne à la terre, décante-les de leur ostentation frauduleuse et néante…

Gravir la transparence

 

Tu sais qu’il te faudra gravir la transparence

Regarder le pays de tes mots prononcés

Suivre des yeux la flamme la fumée

Du rêve à la terre enlevée

Tu sais qu’il te faudra résister au sommeil

Caché de ce pays profond et traverser

Sans faille le mystère, la terre et l’horizon.

Sur la vague des collines

Sur la vague figée des collines qui ondoient

Plane une rumeur silencieuse d´embruns et de sable.

Jamais désert ne fut si plein de notre vie

Jamais eau ne coula si claire son destin.

Jamais cendres ne furent si belles

Et si légères à l´ange dont les yeux

Consument les bûches du destin.

 

En vrac

1

De l’un à l’autre

que sait-on

de ce qui va,

de ce qui porte

nous emmène ici

ou là ?

2

Voir

c’est avoir

ce qui éclaire autour de soi.

Sentir cette lumière

et n’être plus à soi.

3

Aller au bord des choses

et ne rien dire

La mer dans le silence

sur ton ombre de sable qu’elle traverse

en regardant le ciel

les mouettes crient

le ciel entend

tu l’entends ne rien dire qu’elle-même

tu la prolonges

comme on écoute et prolonge le temps.

4

Elle coule

comme une rivière entre les mots,

l’eau qui assemble au ciel

le reflet de mon cœur,

passe même les sons,

les faits se prendre se tenir ensemble

comme la paille et la chaux d’une maison.

Un après sans mesure

Quelque chose de trop fort

un souvenir qui vous remet en phase avec un monde disparu

mais ô combien présent

et comme un ciel au dedans qui semble une falaise

le regard monte et ne peut s’arrêter

votre souffle s’épuise il faut baisser les yeux, la nuque

et reporter sur la terre là devant un regard d’enfant perdu.

L’herbe, le caillou, la prairie, un clocher silencieux,

haut dans le ciel un rapace et l’air sur le visage,

un instant sans mesure, après la peur,

un feuillage de pensée et le soleil comme en dedans,

comme en dedans de l’arbre en soi.

Jean Rivière…un proche (1926-2002)

Je lis, par intermittence, Jean Rivière (que l’on surnomme le poète paysan) depuis une bonne trentaine d’année…inclassable entre poésie en prose, philosophie, métaphysique, mystique, moraliste et naturaliste original….et que sais encore, chaque fois que je rouvre un de ces livres, je me retrouve au cœur de moi-même…si vous ne le connaissez pas, cherchez un peu…voici quelques citations….

« Nous sommes des chercheurs de passage. Il n’y a pas de liberté comme pays, il y a une liberté comme chemin. Un passage libre, un instant gracié. »

« Les pieds atteignent les limons d’un autre âge. Et le regard ne s’arrête sur rien: il s’évase comme la buée bleue qui s’évapore et monte au ciel. »

« Toutes les eaux se tiennent. Eaux, je ne vous croyais pas si profondes! J’attends pour voir le premier égouttement de la première goutte d’eau. Je n’attends pas la dernière eau qui m’emportera. J’attends le début du monde »

« Comment parler des chemins où nous sommes ? Ce n’est pas là que nous allons. Comment donnez rendez-vous où nous passons ? ce n’est pas là que nous restons. »

« Nous sommes incomparables en nos sensibilités, immobiles par fidélité à ce qui nous est le plus intérieur, immobiles par liberté envers les extériorités fuyantes »

Ces lignes sont extraites d’un petit livret intitulé LE VENT EN BAS-POITOU publié aux éditions ECHO OPTIQUE en1993 et peut-être épuisé…mais ce n’est pas sûr car peu de gens lisent Jean Rivière.

Les Courtes (…)

29

Quelques signes suffisent.

30

Il faut bien finir

Pour recommencer.

31

On glisse sur l’écume du jour

Et de la nuit,

32

Les embruns de l’instant se dispersent

Dans la lumière salée.

33

La liberté,

Dans le monde,

Dans le monde entier,

N’existe pas sans toi.

34

L’univers mon ami

Dans ta voix.

35

Ils ont tout pour eux

(sauf …)

Et sont tristes.

36

La joie ne dépend pas

De ce que l’on a

Mais de ce que l’on est…

37

Le jour est frais

Comme un abricot.