Thème et petits bouts…

Un homme au bas d’une falaise

Il marche près de l’eau

La mer n’est pas bien loin

Bruits de vague femelle

Coton d’écume et de secret

Rien d’autre à faire que de passer

Sous la falaise d’avoir été.

*

 

L’homme

Marche dans l’eau

De-là.

*

Bruit de vagues

Écume d’orgueil

Tu écoutes le vent

À l’œil.

*

Passe devant

Ce que tu as

Été

Printemps

Et autres saisons

 

Ballade pour quelqu’un

On n’est pas vraiment là

On n’est pas vraiment l’autre

On est déjà parti

On est peut-être rien

Qu’un passage qui dit

Je m’en vais je m’en viens

On n’est qui vous voulez

Si vous voulez des qui

On est qui vous pensez

Si vous ne pensez pas

Alors ne dites pas

Que je suis arrogant

Il faudrait pour cela

Que je prenne des gants

Mais je n’ai qu’un chapeau

De paille et de soleil

Dans lequel même l’eau

Ne tient pas son pareil

On n’est peut-être ici

Où vous ne voyez rien

Et c’est tant pis si vous

Appelez ça quelqu’un

Car on n’est vraiment pas

Autre chose qu’un pas

Un passage du vent

Aux pas sages et lents.

Finalement

Réflexion faite

Elle se défait

L’après n’est pas comme l’avant

C’est pourquoi nous allons

De paysage en horizon

D’horizon clair en paysage

Nous allons de visage en question

Et de réponse en babillage

Nous sommes les enfants de nos chemins

Lissés par le tissage de nos mains

Et celui que l’on ne connait pas nous regarde de près

Nous regarde de loin

Celui vers qui l’on va celui qui vient

Celui que nous serons demain.

Enfants des rivières de l’âme

Nous avons regardé l’eau d’enfance et depuis

ne cesse d’en revenir, aux jours de grâce, la transparence

dans nos mots alors que peu à peu nous nous effaçons de cette vie.

Nous allons donc à son courant sans hâte et sans regret,

un peu comme les pierres dans l’eau sourient à la caresse

intime du soleil. Nous sommes les enfants des rivières de l’âme,

nous avons pour étape la vague et le chant des roseaux,

les oiseaux et les biches s’abreuvent à notre âge

de fraîcheur indicible et de secrets dans l’eau.

Ta voix au loin

Toute une vie

Ta voix au loin

Et pourtant proche

Et douce comme ta main

Presque un battement de cœur

La pulsation secrète d’un instant

Ou se concentre se décante

Comme dans un alambic

L’alcool étrange du passé.

Boire cette vie

Ô mon corps déchiré

Nous sommes presque l’horizon

Que nous avions rêvé.

Marine

Mer agitée

Au bord de la falaise

Nous n’avons pas pu pêcher

Marée montante

Nous regardions l’eau se démener sur les rochers

Comme si elle voulait déchirer ses toiles de bure

Sur les roches impassibles et luisantes

Il y avait des fleurs d’écume

D’éphémères mouvements comme d’une chevelure

Tout  coup déliée par les vagues et le vent.

L’abîme d’un silence

 

Se réjouir de ne pouvoir exprimer

ce qui en nous est l’étoile voilée

Se réjouir de n’être pas seulement de ce monde

de pouvoir explorer nos mémoires profondes

Se réjouir encore de se tenir sur le vrai d’un silence

comme une âme éveillée au seuil de son enfance.

Tes mains au bout de tout (encore un blues)

Tes mains si faibles tes mains

tes mains si pauvres tes pauvres mains

comme des petites vielles toutes veinées de mauve

de mauve et de lueurs de la mémoire

de mots venus leur peine boire boire

alors qu’elles n’avaient plus la force de donner

alors qu’elles n’avaient plus la force de pleurer

la force de mourir comme des mains qui pendent

ou des mains qui attendent

tout au bout de la vie

et qui ne savent plus et qui ne savent pas

et qui n’ont jamais su qu’un jour elle s’en iraient

tes mains tes faibles mains tes mains si faibles d’être rien

et déjà plus que pauvres menottes au bout du monde enfuies

au bout d’un cœur perdu au bout de toi tes mains

au bout de tout tes mains

au bout de tout

qui ont aimé

qui ont aimé….

la vie.

 

mars 2014

C’est un autre déjà (blues)

(Je suis tout plein des chroniques de Bob Dylan. Nostalgie bienheureuse. Et je retrouve ce texte qui n’a rien à voir avec tout cela, écrit en 2014 et que j’entends maintenant comme un blues…en le relisant à haute voix je me suis pris à répéter des vers, des mots, des syllabes…en les chantonnant ….à faire des reprises au petit bonheur…et effectivement, je me suis bien amusé. Voila la petite histoire.)

Tous ces événements

C’est un peu étrange

On ne sait pas trop où l’on va

Ni ce qu’on fait on ne sait pas

Dehors il fait beau temps mais un peu froid

Et la lumière est douce sur les paysages

Parleront-ils aussi, parleront-ils encore,

La lumière est douce comme autrefois

C’est autre chose maintenant

C’est un autre déjà c’est un autre comment

Ce sont des mots qui viennent sous tes pas

Paroles qui roulent là-bas

Ce sont d’autres silences qui se lèvent devant toi

Ce sont d’autres silences une autre voix

Toujours la même mais autrement une autre voix

Toujours une autre devant toi.