Méditation de cuivre

Regarde la feuille

Regarde l’arbre

Regarde le ciel qui l’entoure

Et lui offre le pain du silence.

 

Regarde le passage des oiseaux

Tente de sentir l’effleurement du vent sur leurs plumes

Et le chant du soleil dans leurs os.

 

Regarde la feuille qui s’en-cuivre

 C’est une flûte dans le jeune automne déhanché,

Le chant de la terre

                                               en elle

D’amour et non de peine

Le feu des jours défunts.

 

La feuille bientôt ne sera plus que poussière

Mais la terre se penche sur le vertige de sa danse

Le temps de vivre le feu étincelant du ciel ouvert

Pour qu’entre dans la forge où le cœur bât son fer

La méditation sereine et lente de l’instant.

Chercheur d’hors

Le paradoxe du chercheur c’est qu’il n’arrive jamais au bout,

toujours à gratter quelque roche ou la terre ou le ciel,

toujours à dé-couvrir plus avant

que les choses sont toujours pareilles ou complètement autre.

Mais ça ne suffit pas, il en veut plus, il veut en savoir plus,

on ne reste pas là comme ça avec un peu de rien dans les mains,

avec du sable entre les doigts, avec à peine un peu de voix.

Et c’est le temps qu’il a qui est là devant lui,

qu’il grattouille comme le ventre de son chat.

Il râpe le temps et le temps lui rend bien.

Tu comprends

le paradoxe ici,

c’est qu’il n’y a rien voir, il faut passer, il faut aller, on n’est déjà plus loin,

c’est pareil et c’est bien et je crois qu’on appelle ça l’éternité,

c’est bien, c’est bien, et je crois qu’on appelle ça chercher…

Le monde s’arrête un instant

(re-prise)

On est comme un manant sous un arrêt de bus, le bus n’arrive pas, on a cette image devant soi et l’on ne dit rien. C’est un peu mélancolique mais on n’est qu’une image. Si le vent souffle, des feuilles tourbillonnent devant lui, s’il y a de la brume, il enfonce ses mains dans ses poches en serrant les poings. Il ne sait quoi penser, il regarde la route bleue de bitume luire à cause de l’humidité.

La route bleue te montre le chemin, chemin de rosée et de luisance qui fluctue sous le regard maintenant qui s’anime de ce manant silencieux . Le bus n’arrive toujours pas, peut-être qu’il n’y a pas de bus ici, peut-être qu’on attend autre chose, peut-être que les mots ne savent pas le dire et qu’il faut autre chose pour écrire? Le monde s’arrête un instant et fait cette lumière étrange autour de lui.

On voit le temps s’étioler dans un ciel clair de stratus élevé. Le ciel écrit les mots de son jour et de sa nuit en se servant de la vitesse des oiseaux pour envoyer les moissons du silence dans les prairies de l’infini.

Saisons plurielles

Saisons du corps, de l’âme, saisons dans l’éternel.

Saisons de n’être pas et de ne pas saisir

la pente de l’eau vive dans nos cœurs.

 

Gloire aux saisons sans nom des arbres millénaires

quand la sagesse prend couleur de feuille et de printemps,

quand l’automne est de fête et de feu et de vent,

quand l’hiver médite l’été hors du temps.

 

Saisons plurielles de notre unicité,

grains de pollen sur nos bouches aux rêves rapportés,

saisons de plus profond que le filet serré de nos querelles.

 

Nos émois enfouis sous les mousses de l’air

couvent la force des semaines et fécondent

la venue du silence.

 

 

Les nuits sans lune dansent

la geste scintillante de nos yeux.

Un chemin de semences

L’automne encore

L’automne vient

L’ocre le jaune le brun.

 

Le frais dans l’air

L’odeur de terre avec le vent

Et l’air de rien

La pluie de temps en temps..

 

Le chemin d’être à soi

Se dégage des ors

Sur les feuillages enflammés

 

La semence des pas

Comme sente entre mots

Et pensée dans la voix

 

Et je vais où tu vas

Intangible silence

T’apprendre une nouvelle fois.

(2015/16)

Juste à côté de nous

Combien ont chargé nos vergers de sèves et de fruits,

de chants d’oiseaux, d’été, que nous n’avons ni connu, ni vu,

ni même entendu passer?

Combien juste à côté de nous sans qu’aucune parole

ne parvienne au bord de nos pensées?

Peut-être bien qu’ils furent artisans de lumière

boulanger de couleurs mais pour le jour prochain,

ils ont semé.

Il nous faudra la terre,

la terre en l’au-delà de nos silences déployés,

il nous faudra la terre tendre

à nos passeurs d’amour pour être fécondés.