Je ne sais plus très bien

Oui, il y avait du vent et le temps n’était pas en soleil
mais la terre et les arbres et les routes luisantes
s’offraient en beauté au passage éphémère du poète.
Il n’était pas seul mais il était seul.
Un ruisseau chanteur qui roulait sa grâce en clapotant
au bord d’un chemin de terre l’arrêta un moment
mais il ne s’arrêta pas. On l’appelait pour passer le pont de bois,
beau lui aussi comme dans une chanson de son enfance,
et voilà qu’il venait et passait sur le pont
mais il ne passait pas, ne venait pas, son pas n’avait que le poids
de l’instant, il marchait un peu au-delà, souriait et parlait aussi
en suivant le chemin dans le bois avec enfants pas loin
et comme un grand silence au fond de soi.

Impromptu Finistère

Je retrouve un frère. Une silhouette d’abord, un visage, une stature puis une voix.

C’est un pays près de la mer. Pays de mon père et de marins, pays de pauvres gens que le vent a lavé. Pays de brume hanté de légendes et de rochers profonds dont les formes toujours ressemblent à des animaux géants qu’un temps lointain a brisé, figé puis jetés-là comme on pisse aux étoiles comme dit la chanson.

Formes sublimes rongées par le sel et lissées par la mer sur lesquelles aujourd’hui je me promène avec un pan de souvenirs et de sourire…

J’ai aussi navigué entre les ilots résistants au large des côtes de granit rose sur un vieux gréement avec un capitaine très capitaine. Un qui se promène en mer comme dans son jardin et en connait tous les recoins, toutes les plantes, toutes les vagues et les vents. Un gars dont le navire semble être son corps et la voile son âme gonflée par le vent.

J’ai retrouvé un frère qui ne m’a jamais quitté, un peu vieilli, un peu tassé, bien branché sur les plaisirs tranquilles du jazz et des langueurs du temps.  (à suivre)

Fleurs ici et là

Je lis des journaux de voyage

Bribes, notes et brèves,

réflexions furtives et quelques images

comme des fleurs.

***

À ce point que je ne vois pas

mais dont je sens la présence en moi

un horizon se lève qui dormait

depuis toujours en moi.

***

Toujours à fleur de peau

car où s’achève la fragrance

d’être au jardin de soi

commence le vol silencieux

des défunts dans la voix.

***

Je m’amuse à cette pensée

comme avec une balle qui tombe

à côté du panier.

***

La morale n’a pas à voir avec ce que je dois faire

mais avec ce que je crée.

Et c’est placer dans l’avenir

un souvenir prochain.

***

Parfois j’ai l’impression de voir mieux

de sentir justement

d’être clair en-fin

ou en commencement.

Un peu comme du vent

On lit une phrase

On se retourne

c’est un peu comme du vent.

***

Quelqu’un t’appelle

puis rien.

***

Proche au point de se fondre en elle

et de vivre les mots

qui sortent de ses lèvres.

***

Oiseau de roche

ton vol arrache à l’écume

l’étrange de son rire.

***

Sans le soleil le blé n’est rien

et toi pareil avec la nuit.

***

Il y a des trous dans le ciel

par lesquels on aperçoit la nuit dans le jour

et le sens dans la vie.

***

Et vient comme une fleur

l’enfance de l’instant

dans l’oubli des saisons

et sans peur.

***

On cherche en vérité à se placer hors du temps.

*

Feuilles mortes?

Feuilles dans le caniveau, feuilles de platane et de bouleau,

feuilles de marronnier aussi brunes et trempées d’or

et le crépitement de la joie sous un soleil d’octobre.

Il n’est pas vrai que vous en êtes à votre dernière révérence.

La terre se réjouit de vos cendres et prépare les semences

de mars et d’avril dans le secret des rumeurs étranges

de ses maîtres à tisser dans l’invisible.

Feuilles dans le caniveau, vous êtes au plus près de la vie

dans les yeux des passants qui ne peuvent s’empêcher d’admirer votre zèle,

vos couleurs et de sourire au frottement de votre en allée vers la nuit.

Quinte et sens

Invente l’horizon

et tu voyageras sûrement.

***

Tiens la barre invisible

du navire enfantin

et l’océan s’étonnera.

***

Danse

ce que tu es

pour honorer la terre.

***

Ne soit pas

si timide

devant la transparence de l’aube.

***

Voici le pain

de nos rencontres

que le jour offre à la nuit.