Sous-bois

Entre dans le sous-bois de ta pensée.

Elles pensent en moi les filles d’univers

les images de dieu les formes de la terre

en moi la plage la ville la mer en moi

la solitude la foule et la proximité de l’être cher.

Apprends à ressentir qu’elles te mènent au plus loin de toi-même

et que mourant ainsi elles te rapprochent des tiens

dans le tissu diaphane de l’humaine misère.

Sans Issue

(déjà publié, mais où…et quand…?)

 

Il n’y a pas d’issue

Il n’y a pas de fin

Tout est commencement

Hier aujourd’hui

Même demain

 

N’appelons pas présent

Ce que nous désirons

N’appelons pas demain

Le jour de notre mort

Il n’y a pas d’élan

Au-delà de nous-même

Nous sommes déjà morts

Et nous sommes vivants

 

Dans la parole qui éveille

Dans l’écoute qui fonde

Dans le silence qui attend.

Novembre « Blues et Purples »

Fin novembre

le temps

s’ombre au-dedans.

Au-dehors

on roule sans phare

on se fait peur

on attend les fantômes

les fantômes viendront

de temps en temps.

Fin novembre

mois de l’effroi

la peur s’enivre en toi

de son néant.

Fin novembre

mois de la faille

faille du moi

blessure d’ombre

dont on ne sait

quand elle guérira.

Sombre le mois de novembre

mais le soleil

attend son heure

et son heure est

notre patience.

Collier de perles

Quand nous aurons quitté la terre ses pays ses paysages ses lumières

ses ombres sur les arbres ses villes sombres ses bruits de vent ses lits de rivière

ses enfants de demain ses peuples de misère

quand nous aurons quitté les bords des lacs ensemencés de ciel

les prairies fécondées de printemps les feux éteints de dieu et ceux

que l’on appelle même en nos œuvres fanées en nos faims,

que seras-tu ma terre notre bien que seras-tu demain aux lèvres du silence

que seras-tu sur la peau rêche de la pierre…Chagrin?

ô ma terre la terre mon aimée mon bien

ma perte perpétuelle mon chemin

ton nom je l’ai perdu comme un collier de perles

comme un collier de perles du destin.

Passage…

Comme une femme qui regarde longtemps passer la nuit dans la matière vive

et qui attend qu’un vent se lève,

un chant de l’autre monde qui prendrait les couleurs d’un navire

afin que se brise le temps en simples et grandioses harmonies.

Cette femme est cachée dans le silence des forêts,

elle a des glaises grasses et luisantes dans les mains qu’elle passe sur son corps

écrivant ainsi la jouissance d’être au monde un instant

et vivant dans un corps de naissance et de terre

la naissance de vivre un moment hors du temps.

Cadence d’hiver

 

On a jamais le temps

C’est le temps qui nous a

Comme un petit caillou

Dans le creux de la main

Ou comme on tient parfois

Un marron tout luisant

Qu’on jette n’importe-où

Mais pas n’importe quand

Car le temps qui nous fait

S’accroche malgré tout

Aux saisons dans les arbres

Aux arbres dans la nuit

Et les fruits du silence

Mûrissent à l’envers

Du bruit dans la cadence

Aiguisée de l’hiver

On a jamais le temps

Mais le temps ne dit pas

Le chemin qu’il prendra

Car il ne le sait pas

Alors va la musique

Au bout de tes chemins

Chante ta mélodie

Et clame tes refrains

Pluie de saison

On parle un peu tout seul
On n’est pas vieux pour autant
On a l’âge du monde
On puise au fond du temps.
Le temps qu’il fait bien-sûr
Non pas le temps qu’il faut
Car on n’est jamais sûr
De parler vrai ou faux
C’est donc d’étoiles que sont
Les pluies de saison par ici
C’est dans la boue de nos sabots
Que nous parlons à l’infini
C’est là que nous taisons
C’est là que puisons
De temps en temps de jour
nos mots et notre nuit.

Devant toi

Trop de questions nuit au calme des étoiles.

Le ciel n’est pas toujours un pays pour demain.

La brume en attendant rafraîchit le jardin.

Tes forces s’éloignent.

D’autres viennent.

Lève la main et montre

Ce qui est devant toi.

La vie est là toute entière

Et t’attend sans détour.

Je m’arrête un instant

Et je cherche le lieu, le souvenir d’où viennent ces images, ces impressions fugaces que je tente de saisir, ces gestes que j’ essaie d’écrire et de dire. Je cherche mais je ne sais pas trop où regarder ni quoi dire, je regarde surtout mais c’est encore une métaphore car un monde disparait sous mes yeux, un autre apparait en moi, je ne vois pas toujours ou presque toujours pas le lien entre les deux ni la distance ni le passage.

                                                   Alors

Il m’arrive de ne plus savoir si je regarde ou si je suis regardé, de ne plus être sûr d’entendre ce que je vois ou de voir ce que j’entends. Je dis que je remonte un chemin, comme une truite remonte un torrent, je dis parfois que c’est l’attente ou le ciel ou la mer aussi, la mer qui est à elle seule un pays que je touche au moindre geste du cœur, au moindre geste de l’oubli, au moindre geste d’être ailleurs ici.