C’est…

C’est une main qui s’ouvre au vent

si lentement qu’il faut dormir son mouvement

pour en extraire l’eau comme d’un souvenir.

C’est dans le bleu de l’horizon perlé

sur le matin d’une maison rêvée

l’écorce d’une voix feutrée.

C’est à l’avant de mes yeux qui écoutent

venir à l’âme une bordée de petits vents

sur la margelle de l’été.

Ton regard ami

Ce qui emplit la transparence à l’horizon,

Ce n’est ni le ciel ni la terre ni la trame ineffable des couleurs,

Ce n’est pas l’irisé de la brume ni le sourire du soleil sur la craie du mur

Et même pas l’écho des plaines endormies, pas les lointains,

Ce ne sont pas les montagnes qui butent sur l’infini,

Ce qui emplit là-bas c’est ton regard ami, la transparence de ta voix

Quand elle passe dans le silence de tes yeux et de ta nuit.

La passerelle du silence

La passerelle qui franchit le sable du silence

entre mémoire et paysage, de quelle substance

est-elle faite? Les mots semblent tresser des cordes fines

sur lesquelles scintillent des feux de perles qui ne sont pas

des perles de rosée. Mon pied et mon regard se posent sur des terres

fertiles, le vent courbe les herbes et le chemin se perd

sous l’ondoiement du souffle de mes lèvres et de mon sang.

Saluer la terre

Il me faut te porter

Jusqu’au bord de la mer

Avant de déployer

Mes ailes dans la mort

Naître au trouble d’hiver

à l’envers du soleil

Vivre de neige en flamme

L’exil blanc de mon corps

Et puis de feuille en eau

Remonter la rivière

Franchir l’aube des vents

Et saluer la terre

Il me faut de porter

Jusqu’au bord te la mer…

Recours ultime

Vous

Nos rêves d’ombres

Vous nous tuez

Nous reviendrons

Vous apprendre la vie

Et consoler

Le malheur vôtre

D’oublier votre nom

Votre nom d’outre-tombe

Nous regardant tomber

Nous tuerons votre haine

Ne la reniant pas

Couvrant de laine

Le froid

Si vous ne retrouvez

Rien de votre passé

Nous serons à côté

De vos ombres égarées

Légende

Coulée de feu

de fleurs en tiges

de tiges en feuilles

puis en racines

et de racines en feu de vie.

Les eaux s’enrobent

la nuit s’élève

écoulement

les eaux s’éclairent

égouttement

s’aubent les rêves

écoutement

fécond de mère.

Coulée de feu

de fleurs en tiges

de tiges en feuilles

puis de racines

en feu de vie.