A place to live

A place to live

We don’t make things up. Poetry is a country, a place where we live, where we go, where we move. A country is soil and ours is made of wind, meaning, thoughts, emotions. We look, we listen, we taste, we almost touch and feel a texture, a movement, a breath sometimes, a strange life.

So here are the words that listen, that approach, that pass and pass again and again and settle a little like colours on the canvas of time or like birds in the branches of silence. Here are the words that you feel, that you hear, that you touch inside but that are not inside you; images come, sentences germinate, a rhythm warps the silence, a country reveals itself, a corner of the word, a neighbourhood of being in the world, a beach of life out of time.

You don’t invent much.

Poetry is a country

A place to live

A home where you wait.

Le bout du chemin

L’épuisement

C’est le bout du chemin

C’est l’horizon soudain ouvert au bleu du ciel

Ce n’est pas même au loin la ligne insaisissable

Des passions effacées

Entre terre humide et ciel de brume

Entre trouble et clarté

Là-bas ce n’est plus rien

Et au-delà

Où tu n’es plus

Continu le chemin

Mais nu

« Pourquoi » et « Afin que »

(Parfois un mot, une expression, vous prend et vous raconte en image quelque chose d’elle ou de lui, quelque chose de vous, quelque chose du monde. C’est la parole qui se montre, c’est un matin dans l’âme, c’est un chemin toujours, c’est un appel, un écho, c’est une invitation…)

Le pourquoi est un passage obscur

qui ouvre tout à coup sur une plaine,

sur un espace immense où tout redevient possible –

L’âme ne se retient plus et reçoit la caresse ou le regard de l’horizon,

c’est un peu au hasard et c’est un peu selon.

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Afin que est comme quand on arrive aux limites d’un monde,

les pieds sur la roche ultime d’une falaise,

peut-être qu’un fracas de vagues déchirées et d’écume se fait entendre

et tu regardes néanmoins là-bas comme au fond de toi-même

dans le bleu profond,

ce n’est plus d’eau ni de ciel ce bleu profond.

L’Arbre invisible

L’âge des lignes invisibles

qui me traversent et te traversent également

mais dans la nuit et qui dessinent

au firmament  des jours

la quotidienne errance du destin

ces lignes où se tissent les larmes d’amour

et que le blé offre à l’or tendre de l’aurore mordorée

ces lignes seront quelques jours ou demain

la seule trace encore de ta vie sur un chemin.

Reprendre le ciel

Séquence du monde entre le silence et la terre

là où se dressent les arbres

et tu essaies de la dire

mais on peut dire aussi que tu essaies de chanter

et tu écris tes essais pour un peuple peut-être de silence

qui reprendra le ciel comme on prend dans ses mains

l’eau d’une source limpide où s’entortille le tressage des mots

Rendez-vous (fin)

On est toujours comme l’enfant qui écoute. On se rappelle (comme si on avait besoin de se héler au loin). On essaie de parler et ça fait rire. On voit de mieux en mieux pourtant. La terre se dévoile en même temps que nous. C’est parce qu’on est la terre et qu’elle est nous. La parole qu’on dit maintenant, c’est elle qui éclaire. Elle est couleur à l’horizon. On le dit sans le dire. Elle est un horizon comme un soleil. On ne voit plus la terre seulement. Elle nous met en lumière. Parente du matin et du soir, un peu cousine, un peu sœur, un peu mère, un peu maîtresse, elle nous écoute, nous garde et nous regarde proche, et nous emmène, et nous amène à plus que soi…

Rendez-vous (5)

On se rend à la parole. La terre nous attend. Il ne faut pas la louper, chercher ailleurs, on raterait l’enfance, on ne viendrait plus au monde. On ne serait plus vraiment là.

Et puis…la voilà dans sa grande robe bigarrée, et tressée de silence, la poésie, grosse de tout ce qui veut naître et devenir. Elle aide le silence à ne pas se sentir oublié, elle habille d’images, elle approche, elle dit moi, elle dit moi, elle dit moi, elle écoute aussi large que l’horizon et l’on grandit soudain à son toucher, elle comprend et l’on voit un chemin où l’on ne voyait plus rien se dessiner.

On n’est pas seul avec la terre. Elle parle quand on parle, elle ne finit jamais, elle ne nous oublie jamais non plus et s’il arrive qu’on la quitte, et s’il arrive qu’on perde la parole, alors on ne sait où l’on va

Rendez-vous (4)

C’est le métier du poète le silence qui habite le temps. Penché sur le passé, il est dans cette eau de toujours à puiser l’avenir. Il laisse croître et venir et germer ce qui n’est plus et ce qui n’est plus devient amour parfois.

Il marche dans les phrases toujours comme on va son chemin, il glane les consonnes près ou loin dans ce qu’on touche et voit. Les voyelles sont le vent de nos cœurs, les oiseaux le savent bien.

Il y a un ciel qui n’est pas toujours pur, une terre pas tant sombre que ça. Il amène les couleurs à portée de voix.

Rendez-vous (3)

Rendez-vous avec la terre. La terre c’est tout et c’est les autres ensuite. Ils sont notre parole sans quoi nous ne parlerions pas. Ils la versent, ils la donnent, on écoute, on regarde, on reconnait qui parle, enfin, on rencontre quelqu’un. C’est toi, c’est moi. On comprend peu à peu, on voit mieux tout à coup, les yeux s’épurent en même temps que l’âme.

Le monde s’élargit parce qu’on entend les mots, parce qu’on les apprend, parce qu’on les comprend. Le monde devient grand. Ils continuent de vivre le visage de la terre, dans le regard des autres, dans le pays de soi et dans la nuit qu’on ne sait pas. On a beau se taire, c’est entendu, et la parole accompagne le temps.

Rendez-vous (2)

…les enfants ne cessent de venir. Ils continuent le monde. Ce qu’ils apportent, finalement, est là dans la parole qui se fait corps, qui se fait temps, qui se fait moi.

Moi la parole

je suis l’enfant fragile de tes mains

je suis l’argile tendre sous ton pas

je suis le bleu de l’horizon

et je respire dans ta voix.

On ne vient pas ici en parlant. C’est bien sur terre qu’on apprend. C’est peut-être pour cela qu’on vient. Et c’est bien d’écouter un poème. C’est à la parole qu’on se rend. Parfois, on se retrouve seul. L’autre n’est pas rencontré, ce n’est pas le silence.

On n’est plus à soi dans ces cas -là. Mais cela n’arrive que plus tard alors qu’on s’est déjà bien éloigné de l’enfance. Alors on se trompe de lieu. C’est ailleurs qu’on arrive, si on peut dire, on ne se trouve pas. Il faut refaire le chemin à l’envers, se retourner pour retourner chez soi, revenir à l’enfance, revenir dans sa voix, recommencer la vie qui est partout…